Expérimentations – Greffer.net https://www.greffer.net Greffage & autres multiplications végétatives Mon, 12 Mar 2018 18:44:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.4.6 Notice pour la culture des asiminiers https://www.greffer.net/?p=1684 Tue, 03 Oct 2017 08:53:36 +0000 http://www.greffer.net/?p=1684 Le but de cette notice est de présenter la culture des asiminiers du stade de graine jusqu’à la fructification de l’arbre.

Récolte des graines d’asiminier et stratification

Pour donner de bon résultat de germination, les graines d’asiminier ne doivent pas se dessécher et nécessitent une stratification d’une durée minimum de 100 jours.
En France, il est possible de planter les graines non stratifiées directement en pleine terre en septembre après dégustation du fruit.

Afin que la stratification fonctionne, il faudra que l’hiver ne soit pas trop chaud et que la graine soit suffisamment enfouie pour ne pas être atteinte par le gel. De plus, la terre ne devra pas sécher. Certaines régions du sud de la France pourraient ne pas satisfaire le critère de froid pour la stratification.

La méthode la plus simple reste de conserver au réfrigérateur les graines, pendant une durée minimale de 100 jours [1,2], dans le bac à légume.

Afin d’éviter la formation de moisissures, les graines devront être lavées à l’eau claire puis désinfectées avec un mélange constitué de 95% d’eau et 5% de javel, pendant 1 minute puis à nouveau bien rincées à l’eau claire.

Elles pourront alors être stockées dans le bac à légumes du réfrigérateur, dans un sac congélation hermétique, avec un coton humide. Il faudra régulièrement vérifier l’absence de moisissures dans le sac. En cas de formation de moisissures, renouvelez l’opération de nettoyage.

Autre solution pour éviter la moisissure, remplir le sac de congélation avec de la terre de bruyère humide [1]. Cela évite l’étape du nettoyage à l’eau de javel qui est agressif pour des graines.

Graines disposées dans de la terre de bruyère, prêtes pour le début de la stratification

 

Attention, la température ne doit pas descendre en dessous de 0° C et les graines ne doivent pas être exposées au gaz émanant des légumes ou fruits situés dans le bac de réfrigération [3].
Les graines peuvent ainsi être conservées plusieurs années.

 

Semis d’asiminiers

Une fois les graines stratifiées, elles peuvent être plantées.

Le semis des asiminiers peut se faire soit directement en pleine terre, soit en pot profond. La graine doit être enfouie à environ 2 – 3 cm de profondeur [1].

Le semis en pleine terre, pour réussir, nécessite un climat chaud et éventuellement une petite semaine bien chaude pour que les graines sortent de leur hibernation. Il faudra veiller à ce que la terre ne se dessèche pas [1,2]. Un plastique en surface permettra de contribuer au maintien du taux d’hygrométrie et contribuera à faciliter sa germination.

Le semis en pot, en intérieur, permet d’obtenir une germination plus tôt dans la saison et d’avoir ainsi des plants mieux développés en fin de saison.

Il ne faudra pas semer dru ou tasser le substrat afin de pouvoir sortir dans quelques mois, la plante sans endommager ses racines.

L’asiminier apprécie les sols légèrement acides avec un pH compris entre 5.5 et 7 [1]. L’emploi de terre de bruyère permet d’obtenir un pH légèrement acide.

Un substrat de germination qui donne de bon résultat consiste en un mélange en volume identique de terre de bruyère, de perlites/vermiculites (évite la déshydratation du substrat) et d’un bon terreau ou compost.

Afin de contrôler facilement la température et l’hydrométrie, et ainsi avoir une levée rapide, le système suivant peut être utilisé.

pawpaw seedling

Exemple de semis de graines en intérieur, avec résistance chauffante

Ce système consiste en la confection d’une caisse en bois de 25 cm de profondeur, dans lequel le substrat et les graines sont disposées. Au fond d’un carton, une plaque de polystyrène est placée avec au-dessus une résistance chauffante puis la caisse en bois. Les côtés de la caisse sont isolés avec du polystyrène. Un thermostat de station météo est placé directement sur la terre. Le tout est recouvert d’un film plastique micro-onde et d’une plaque de polystyrène.

Cet exemple permet ainsi à une caisse de 80 x 20 x 25 d’être chauffée à 29° C avec une résistance de seulement 15W. Le film plastique permet de conserver l’humidité et ainsi de réduire les arrosages. L’arrosage se fait lorsque la surface de la terre commence à sécher, ce qui correspond avec ce système à une fois tous les 30 jours environ.

Pour fonctionner correctement et rapidement, la température idéale du substrat doit être comprise entre 24 et 29° C [1].

Après une durée de 3 à 7 semaines, dans des conditions favorables de température et d’humidité, les premières plantules devraient sortir de terre. À ce moment, enlever le polystyrène situé au-dessus du bac. Afin de préserver la température et l’humidité, un film plastique étirable peut être utilisé pour confectionner une ‘serre’ au-dessus du bac. Cela facilitera la germination des graines restantes et facilitera la sortie des feuilles de la graine.

paw paw seedlings

Plants prêts à être transplantés

En juillet, au stade de 2 ou 3 feuilles, les plants peuvent être très délicatement retirés du bac et placés dans un pot profond (idéalement 35 à 45 cm de profondeur [2]). Les radicelles commençant à peine à se former, la transplantation se fait sans choc apparent pour la plante.
Pour ceux possédant le matériel adéquat, il a été reporté [4] que les conditions donnant la meilleure croissance des plants en serre sont les suivantes :
– Température du sol comprise entre 29 et 32° C.
– 16 heures de lumière par jour, d’intensité d’environ 50% de la lumière du soleil (nécessite un complément de lumière par des lampes sodium ou équivalent, en début et fin de journée)
– Fertilisation 2 fois par semaine, pour supporter la croissance, avec un engrais NPK 20-20-20.
– Pot 40 cm de profondeur, de 7 litres.

 

Rempotage d’asiminiers

Le rempotage consiste à sortir les jeunes plants du bac de germination et de les placer dans des pots profonds individuels. Afin de pouvoir transplanter sans endommager les racines, la terre doit être humide mais pas trop et la distance entre plants suffisante.

Si les plants ne font qu’une saison dans le pot, alors un pot de 25 cm peut suffire pour la majorité des plants. Si vous prévoyez de greffer les plants dans le pot, alors il est conseillé de prendre un pot plus profond (35 – 45cm). Le pot n’a pas besoin d’être large.

Le substrat est identique à la phase de germination.

Les produits suivants peuvent être utilisés pour confectionner le substrat :
– Perlites vermiculites (Magasin de bricolage, rayon Matériau – Isolation. Ex : Isolant Efiperl 100L)
– Terreau potager ou compost bien décomposé.
– Véritable terre de bruyère

 

pawpaw seedling

Rempotage de jeunes plants de 2 mois

Une fois le rempotage effectué, étant fragilisés par la transplantation, pensez à protéger vos plants des rayons directs du soleil et gardez-les humides. Un paillage à base de sphaigne ou d’écorce de pin est alors souhaitable. Cependant, la perlite vermiculite joue très bien son rôle et le substrat ne se dessèche pas facilement.

À l’automne, surtout si vous vous situez dans une région où la terre gèle, enterrez les pots par exemple au potager et recouvrez-les de paille. Si nécessaire, protégez-les du gibier.
À ce stade, les asiminiers font généralement entre 8 et 15 cm de haut.

Soins à apporter durant la deuxième saison

Il n’est pas nécessaire d’utiliser des engrais de synthèse pour obtenir une bonne croissance. Les purins et concoctions de plantes fonctionnent très bien ainsi que du fumier de cheval bien décomposé en surface.

Durant cette saison, le purin d’ortie à 5% peut être utilisé au stade de 4 feuilles bien formées ainsi que début juillet. Si vous le souhaitez, fertiliser plus pour avoir une croissance plus soutenue, c’est possible mais faites-le uniquement sur cette période, en respectant 30 jours entre les fertilisations [3].

La terre des plants devra être maintenue humide durant toute la saison. Tout stress hydrique arrêtera la croissance et pourra entraîner la chute prématurée des feuilles.

Les jeunes plants étant sensibles au soleil, il est conseillé de les placer à l’ombre d’un autre arbre pas trop sombre ou alors d’utiliser un voile d’ombrage à environ 50% [2].

À la fin de cette deuxième saison, les plants peuvent être plantés dans leur emplacement définitif ou alors être conservés en pot, si le pot est suffisamment profond.

Exemple de plants à la fin de leur deuxième saison

Les photos qui suivent montrent des plants à la fin de leur deuxième saison.

 

 

paw paw seedling

Cette première photo montre des plants âgés de 15 mois. Les 4 de gauches ont eut une croissance normale alors que celui à droite n’a que très peu grandi. Ce dernier n’étant pas assez vigoureux, il devra être supprimé. Ceux de gauche pourront servir de porte-greffe au printemps 2018.

 

paw paw seedling

Comparaison entre un plant typique acheté sur internet en racine nue (gauche) et un plant ayant poussé en suivant la méthode décrite (droite). Les deux plants ont le même substrat et ont reçu les mêmes soins durant la deuxième saison. Le plant acheté sur internet avait environ 8 mois lors de l’achat.

 

paw paw asimina seedling

Cette photo montre des plants achetés sur internet (en racine nue à l’âge de 6 mois) qui ont été mis en pot en février 2017. La photo a été prise en août 2017. Ils n’ont presque pas grandi à cause du traumatisme subi par leurs racines. Ils ont passé la saison à reconstruire leurs racines. La photo montre également que des nouvelles feuilles sont en formation. C’est un signe que les racines sont maintenant suffisantes pour permettre de la croissance. Ces plants semés au printemps 2016 ne pourront pas être greffés au printemps 2018 et devront attendre une année supplémentaire.

 

Ces photos montrent que l’asiminier jeune supporte la transplantation à condition de ne pas endommager ses racines. Lorsque les racines sont endommagées, le plant végète avec de toutes petites feuilles.

 

Greffons

La coupe des greffons doit être réalisée de préférence entre le 15 février et le 1er mars [3]. Il est conseillé de collecter du bois de la saison dernière, au-dessus du dernier bourgeon fleur [4].
Les greffons peuvent ensuite être conservés au réfrigérateur, dans un sac congélation hermétique avec un papier essuie tout humide ne touchant pas les greffons.
Attention, la température ne doit pas descendre en dessous de 0°C et les greffons ne doivent pas être exposées au gaz émanant des légumes / fruits situés dans le bac de réfrigération [3].

Dans ces conditions, ils pourront être conservés durant toute la période de greffe.

Il est à noter que les greffons nécessitent d’avoir passé suffisamment de temps au froid avant d’être prélevés [3]. Pour des hivers anormalement doux, il peut être judicieux de reporter la collecte des greffons de quelques semaines, sans dépasser fin mars, avant que les bourgeons ne commencent à grossir.

Greffe d’asiminier

Au début de la 3e saison, les plants sont généralement prêts pour être greffés. De préférence, ne greffer que les plants qui ont montré de la vigueur durant la deuxième saison et qui ont un diamètre minimum de 4 mm à l’endroit où vous souhaitez greffer. Personnellement, la greffe semble mieux fonctionner lorsque l’on greffe haut, c’est-à-dire 20 cm du sol minimum. Greffez sur un rameau de la saison précédente.

Pour les greffes en extérieur, afin d’augmenter vos chances de réussite, attendez que les températures du jour de greffe et des suivants soient au moins de 24° C en journée. Il faut également que le plant soit au moins à un stade de 4 feuilles bien formées. Si les feuilles du porte-greffe vous paraissent petites en taille par rapport aux autres, ne greffe pas cette année. La période pour pratiquer la greffe en extérieur se situe entre fin mai et début juillet.

De bons résultats sont obtenus lorsque le porte-greffe avait une croissance soutenue les semaines précédent la greffe.

En intérieur, vous pouvez forcer vos plants en les rentrant début mars. Vous pourrez les greffer au stade de 4 feuilles bien formées. Une maison chauffée à 20° C ou plus permettra une bonne réussite de vos greffes. Un radiateur à proximité peut aider.

Pour la greffe, les méthodes de greffage classiques comme l’anglaise compliquée et le chip-budding fonctionne bien. Cliff England recommande un mix d’une anglaise compliqué et d’une greffe en couronne. Cette méthode fonctionne vraiment bien.
https://www.facebook.com/KYorchard/videos/847403285424845/

La greffe en écusson (T-budding) n’est pas conseillée [2].

La greffe d’asiminier prenant environ 3 semaines avant de débourrer, il est indispensable de bien protéger la greffe de la déshydratation. Les produits suivant peuvent être utilisés [3]:
o Du ‘Buddy tape’ qui permet de maintenir serré le porte-greffe et le greffons.
o Du Parafilm M qui permet de recouvrir le greffon et ainsi d’éviter sa déshydratation.

A gauche : Buddy tape – à droite : Parafilm M

On peut en trouver généralement au printemps sur ebay, dans des quantités moindres, ce qui permet de réduire drastiquement le coût. L’utilisation de ces produits augmentera grandement vos chances de réussite.

 

asimina graft

Plant greffé avec du Buddy Tape et du Parafilm M

 

Afin de protéger le plant et ses futures feuilles des rayons du soleil, un Tubex est vivement recommandé. Il permettra une meilleure croissance de la plante.

Si la greffe rate, le plant repartira dans quelques mois depuis sa base et il pourra servir de porte-greffe l’année prochaine ou la suivante.

Environ 3-4 mois après la greffe, il est conseillé d’enlever le Buddy Tape ou l’élastique utilisé pour le maintien du greffons sur le porte greffe. Faire attention si vous avez utilisé du Buddy Tape de ne pas trop forcé pour le retirer.

 

paw paw rootstock

Exemple d’un plant dont la greffe n’a pas prise en 2016. Photo du 18/08/2017.

Si la greffe fonctionne mais que vous avez greffé un plant faible, cela donne la photo de gauche 18 mois après la greffe :

paw paw graft

Plants greffés en 2016 montrant à gauche une pousse 2017 faible et de petites feuilles alors que le plant de droite montre une poussée importante et des grandes feuilles

La greffe sur des portes greffes âgés est possible, comme le montre cet exemple à KSU.
Le point de greffe est visible sur le bas de la photo.

 

paw paw tree

Arbre âgé d’environ 10 ans sur lequel a été réalisé une greffe 16 mois plus tôt.
Le porte greffe étant très performant, la greffe est très vigoureuse. Cet arbre à d’ailleurs fructifié quelques semaines auparavant.

Plantation d’asiminiers

EXPOSITION

L’asiminier peut être planté en plein soleil ; cependant il a besoin d’être ombragée partiellement, au moins les premières années.

Idéalement, soleil est et sud mais pas ouest. Ainsi, l’asiminier a les rayons directs du soleil du matin jusqu’en milieu d’après-midi (Sans que je sache pourquoi, meilleurs résultats que des arbres plantés en exposition Sud et Ouest. Observation nécessitant d’être confirmée par d’autres).

 

PLANTATION

La période recommandée de plantation d’un asiminier s’étale de novembre à mars. Les meilleurs résultats semblent obtenus la dernière semaine de mars [4].

Arroser légèrement l’asiminier la veille de la plantation. Cela facilitera de garder la motte intacte le lendemain.

Faire un trou de 100 x 100 x 100. Ne pas garder la terre du fond du trou.

Ajouter 2 pelles (pelle de maçon) de sable pour alléger le sol si nécessaire, 30- 40 litres de terre de bruyère, 2 pelles de fumier de cheval bien décomposé, 30-40 litres de compost, 2 pelles de perlite vermiculite pour éviter les chocs hydriques (Magasin de bricolage, rayon matériaux – isolation)

Bien mélanger le tout dans le trou de plantation.

Creuser le trou dans lequel sera mis la motte. Mettre 150 g de corne broyée au fond et mélanger.

Dépoter l’asiminier en faisant très attention aux racines et à la motte qui doit rester autant que possible entière.

Planter, bien tasser avec les mains puis par arrosage.

En fin d’hiver, vers mi-mars, ne pas hésiter à arroser le plant avec du purin d’ortie et de consoude afin de favoriser l’activité biologique du sol.

Disposer également un paillage, composé par exemple d’un carton d’environ 60 x 60 et par-dessus une couche épaisse de feuilles mortes ou de paille. Le paillage pourra être renouvelé si besoin durant la saison chaude.
Ce double paillage permettra d’éviter les chocs hydriques durant l’été, entre deux arrosages et d’éviter la concurrence avec d’autres plantes.

Les deux premier été qui suivent la greffe, utilisez un Tubex ou équivalent pour accélérer la croissance en hauteur de l’arbre [3]. L’arbre développe ainsi plus vite son système racinaire, car il ne souffre pas de la chaleur du soleil et grâce à la ventilation à l’intérieur du Tubex et du manque de lumière, il fait des tiges bien plus longues. Lorsque la forme de l’arbre ne permet pas le Tubex, ombrer les feuilles avec un voile d’ombrage à 50 % ou équivalent.

Tous les printemps, en mars, enlevez le paillage, grattez la terre sous le paillage (2-3 cm environ) et remplacez-la par 1 à 2 pelles de fumier de cheval ou de poule bien décomposé. Remettre par-dessus le paillage.

Au départ de la végétation, ainsi que 45 jours plus tard, arroser avec du purin d’ortie à 10% et de consoude à 10% (1 Litre de chacun des purins + 8 litres d’eau).
Attention, ne jamais fertiliser si la plante semble être en souffrance par manque d’eau. Dans ce cas, il est possible d’arroser une première fois la plante pour la soulager puis 24 heures plus tard, de fertiliser.

La 1ere année, arrosage en période sèche, de juin à octobre tous les 7 jours, 10 litres d’eau, sauf précipitations importantes.
En cas de canicule, soulager la plante par un arrosage d’appoint de quelques litres.

RÉSULTATS EN DATE DU 15 AOUT 2017

Ci-dessous un tableau récapitulatif des pousses de l’année 2017, des branches de jeunes asiminiers et des observations faites avec l’utilisation des Tubex.

graft results comparative

 

Note :
– Les branches inférieures à 5cm n’ont pas été répertoriées dans le tableau.
– Pour pouvoir réaliser les photos qui suivent, les Tubex ont été retirés, d’où la forme des feuilles.

Variété Halvin, porte greffe planté en Novembre 2016 et greffé en juin 2017 :

Halvin paw paw

HALVIN, double greffe de 2017
Pousses de l’année: 22 et 8 cm.

 

Variété Kentucky Champion, Summer Delight et Tropical Treat, greffés au printemps 2016 et plantés en Novembre 2016:

paw paw

De gauche à droite : Kentucky Champion, 2016 38/24, Summer Delight, 2016 26/25/19/17/16, Tropical Treat, 2016 81/32/22/20/8

 

Variétés Shenandoah, Rappahannock et KSU-Atwood, plantés une première fois en avril 2016 de manière normale (pousse faible au cours de la saison 2016), déplantés puis re-plantées ailleurs en suivant ce protocole en Novembre 2016.

paw paw tree

De gauche à droite : KSU-Atwood 54/43/8, Shenandoah 35/22/1, Rappahannock, 5 29/24/14

 

FÉCONDATION DES FLEURS ET FRUCTIFICATION

Les fleurs des asiminiers étant généralement auto-incompatibles, il est nécessaire d’avoir deux variétés différentes afin de pouvoir réaliser une pollinisation croisée.

Cette pollinisation se réalise généralement par des insectes non volant et impose donc que les arbres soient à des distances raisonnables les uns des autres. À partir de trois arbres, généralement, la pollinisation par les insectes fonctionne bien. Avec seulement deux arbres, et surtout dans les premières années ou les fleurs sont peu nombreuses, une pollinisation manuelle est souhaitable.

Environ trois ans après la greffe, vous pouvez tenter de féconder les fleurs d’asiminiers manuellement à l’aide d’un pinceau. Si la pollinisation fonctionne, vous verrez des petits régimes de bananes se former une fois la fleur complètement fanée.

L’arbre, en fonction de ses capacités, avortera alors un grand nombre de fruits et peut-être que un, deux ou trois fruits finiront par se former cette année là.

Généralement, il faut attendre que l’arbre fasse entre 1,80 mètres et 2,50 mètres de haut avant qu’il commence à fructifier. Cela correspond entre 3 et 5 ans après la greffe.

Les fruits, juste après la pollinisation sont très sensibles au gel et au vent. Il faudra attendre qu’ils grossissent un peu pour devenir plus robuste. Une fois qu’ils ont commencé à grossir, on peut estimer que le fruit à de bonne chance d’arriver à maturation.

L’asimine est un fruit avec de grande disparité de taille d’un fruit à un autre sur un même arbre. Il est possible d’amplifier la taille des fruits en réalisant:
– Début Juin, supprimer au moins la moitié des fruits et n’en laisser qu’un à deux par régime (les fruits poussent en régime, un peu à la manière des bananes).
– Renouveler chaque printemps la couche de terre autour de l’arbre, par du fumier de cheval bien décomposé. N’hésitez pas à griffer le sol pour bien faire rentrer le fumier et ne pas lésiner sur la quantité de fumier, lorsque l’arbre est mature.
– Procéder à des arrosages réguliers, au pied de l’arbre (pour enrichir le sol des éléments provenant du fumier), pour soutenir la croissance des fruits.
– Arroser les arbres durant la croissance des fruits. Les vergers commerciaux aux USA procèdent à un arrosage d’environ 12 litres semaines et diminuent ce litrage en se basant sur une précipitation hebdomadaire de 25 mm.

Vous pouvez également utiliser un engrais équilibré comme du 20-20-20 au moment des arrosages. Les purins de plantes comme le purin d’ortie et de consoude fonctionnent également très bien.

paw paw cluster

« Régime » d’asimines dont l’arbre en avortera lui même une partie dans les 2-3 prochaines semaines.

Recette du purin d’ortie ou de consoude :

– Faire fermenter 1 kg d’ortie ou de consoude dans 10 litres d’eau jusqu’à ce que le purin ne fasse plus apparaître de bulles en surface. S’il y a eut évaporation, compléter avec de l’eau pour retrouver les 10 litres.

– Une fois le purin prêt, mettre 1 litre de purin dans un arrosoir puis ajoutez 9 litres d’eau. Vous aurez ainsi du purin d’ortie à 10 %. (10 % du volume de l’arrosoir provient du purin)

Vous pouvez aussi le préparer sous forme de décoction, qui lui s’obtient par cuisson et non pas par fermentation.

Quand arroser votre asiminier avec du purin ?

Pour un arbre mature :

– 1 arrosoir au printemps, lorsque les bourgeons fleurs sont prêts à éclore, composé de 1 litre de purin d’ortie, 1 litre de purin de consoude et de 8 litres d’eau. Cet arrosage favorise la montée de la sève et l’activité microbienne de la terre.

– 1 arrosoir en juin, lorsque la croissance des feuilles semble ralentir, composé de 1 litre de purin d’ortie, 1 litre de purin de consoude et de 8 litres d’eau. Cet arrosage favorise la croissance de la plante et des fruits.
Pour plus de croissance de la plante (même jeune) et des fruits, une fertilisation plus régulière est possible. Cette fertilisation est à administrer sur une période allant du bourgeonnement des fleurs jusqu’au 1er juillet, en laissant 30 jours entre chaque fertilisation [3].

 

Sources

Les informations fournies dans ce document proviennent d’observations personnelles, de nombreuses lectures sur Internet dont les sources n’ont pas forcément été retrouvées, ainsi que de discussions avec d’autres passionnés. Certaines des recommandations sont également utilisées sur d’autres fruitiers avec succès.

[1] KSU PAWPAW PROGRAM : http://www.pawpaw.kysu.edu/KSUstory.htm
[2] KSU Pawpaw Planting Guide : http://www.pawpaw.kysu.edu/pawpaw/ppg.htm
[3] Recommandations provenant de Cliff England
[4] PURDUE UNIVERSITY PAWPAW PROGRAM https://www.hort.purdue.edu/newcrop/CropFactSheets/pawpaw.html#Crop%20Status

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Formation d’une chimère par greffage intergénérique de Cudrania tricupisdata var. inermis sur Maclura pomifera https://www.greffer.net/?p=680 Tue, 17 Aug 2010 18:09:43 +0000 http://www.greffer.net/?p=680 Tout a commencé par une greffe en fente de Cudrania tricuspidata var. inermis sur un porte-greffe Maclura pomifera, âgé de 4 ans, qui a été réalisée assez tardivement en saison, fin avril.
Pendant longtemps, la greffe a eu une apparence peu encourageante, qui laissait présager un échec, mais, finalement, quelques yeux ont démarré tardivement, suivi par une chétive croissance de fin de saison.
Lorsque l’automne arriva, la jeune pousse n’était pas suffisamment lignifiée ; la survie aux froids hivernaux était compromise.
Au printemps suivant,  le greffon était d’apparence totalement desséché ; même le porte-greffe semblait mort. Or, en grattant les écorces, des signes de survie étaient présents ; il en était de même au niveau du cal de la greffe.
En fin de printemps, de jeunes pousses apparurent depuis le cal ; trois exactement, dont l’une semblait d’apparence flétrie, je pensais que cela était du à la vigueur des deux autres pousses.

 

Greffe intergénérique de Cudrania tricuspidata sur Maclura pomifera

 

L’allure initiale des deux pousses vigoureuses laissèrent à penser que c’était le porte-greffe qui repoussait.

 

Greffe intergénérique de Cudrania tricuspidata sur Maclura pomifera

 

 

Mais l’une des deux pousses vigoureuses a fini par se démarquer par un feuillage velu et une découpe du feuillage évoquant celui d’un Chénopode ; de plus,  elle possédait des épines caractéristiques d’un Maclura.

 

+macrudania

 

La troisième pousse chétive, quant à elle, n’a pas survécu au delà de deux semaines.

Il était maintenant assez évident que la pousse au feuillage velouté était le résultat d’une chimère de greffe.
J’ai donc supprimé la pousse qui présentait les caractéristiques du porte-greffe pour ne laisser pousser que la chimère, afin de favoriser le développement de cette dernière.

 

+macrudania

Comme la chimère +Macludrania paraît très stable, c’est très probablement une chimère pericline avec la structure interne appartenant à une espèce, et la couche cellulaire externe appartenant à l’autre espèce.
L’espèce de la couche externe est encore à confirmer ; la fleur et le bourgeon sont toujours formés dans la couche cellulaire externe, donc la floraison est la fructification nous apporteront dans le futur des compléments d’informations.

A suivre…

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La Reinette Bergamote par Ivan Mitchourine https://www.greffer.net/?p=36 Wed, 20 Jun 2007 12:46:06 +0000 http://www.greffer.net/?p=36

Reinette Bergamote d’Ivan Mitchourine

 

 

 

Beaucoup savent sans doute que les plants issus des graines du pommier Antonovka commune, s’orientent presque tous vers leurs congénères sauvages du pommier forestier. Par contre, le pommier Antonovka-kaménitchka et Antonovka six-cents grammes donnent une proportion assez importante de plants à tendances nettement accusées vers l’état cultivé, ce qui apparaît surtout quand on plante des graines rondes provenant des fruits de ces variétés.

Et voici qu’une de ces graines de forme presque sphérique du pommier Antonovka six-cents grammes a donné dans ma pépinière une nouvelle variété magnifique par la saveur et l’apparence de ses fruits.

Le semis a été effectué en janvier 1893 ; l’été suivant un plant de belle apparence est sorti de la graine, pourvu de feuilles arrondies très pubescentes. Notons que le phénomène de pubescence des feuilles dans la première année de la croissance du plant, se présente très rarement. Le même été, afin d’établir le degré d’influence du porte-greffe sur la variété nouvelle greffée sur lui, au stade le plus précoce de son développement, j’ai greffé en écusson des yeux enlevés au plant sur les branches d’un poirier sauvage très vigoureux de trois ans. La greffe a très bien repris, et les deux années suivantes, en supprimant peu à peu les parties de la couronne du poirier sauvage, la variété de pommier greffée s’est développée bien vite en une très belle couronne. Mais à mon grand étonnement, la pubescence épaisse des feuilles et des rameaux s’éclaircissait chaque année davantage, et n’était la forte grosseur des longs rameaux, on aurait pu soupçonner une dégénérescence régressive de la variété nouvelle. Par la suite cependant, il s’est trouvé que c’eût été une grave erreur, car cette modification ne signifiait pas une évolution vers l’état sauvage de la variété en tant que manifestation d’atavisme (retour aux ancêtres) mais le résultat de l’influence du porte-greffe du poirier sur le jeune greffon de la variété, qui n’avait pas encore eu le temps de se révéler suffisamment résistante, influence qui s’est traduite par la confusion des caractères du pommier et du poirier. Ensuite, la tige du porte-greffe-poirier, malgré le développement sain et vigoureux du pommier greffé sur lui, à partir du printemps de la deuxième année qui suivit le greffage, est tombée gravement malade. On y vit apparaître quelque chose comme une gangrène sèche, de sorte que j’ai dû prendre des mesures pour sauver de la mort le rameau greffé de la nouvelle variété. Ne voulant pas le soumettre une fois de plus à l’influence d’un pommier porte-greffe et perdre ainsi les modifications acquises grâce à l’influence du poirier porte-greffe, j’ai pensé que le mieux serait de courber la tige du poirier vers le sol et enraciner le rameau greffé à son point de suture avec le poirier où, disons-le en passant, s’était formé un bourrelet. Comme je m’y attendais, le rameau a pris racine fort bien et très vite. En coupant graduellement les ramifications inutiles de l’ancienne couronne, j’ai formé facilement et rapidement la tige. En 1898, le jeune arbrisseau a porté les premiers fruits (dans la 5ème année à dater de la germination de la graine). Abstraction faite du retard survenu dans le développement de la plante à cause de la greffe et, ensuite, de l’enracinement, la première fructification a été prodigieusement précoce. Je suppose qu’elle est due au fait que la jeune variété a subi les perturbations d’un greffage inapproprié — d’un enracinement à un âge assez adulte et d’une coupe abondante lors de la formation de la tige. Ce fait doit attirer l’attention des spécialistes.

Ensuite, la modification progressive de l’aspect extérieur de l’arbrisseau chez la jeune variété, dans toutes ses parties, jusqu’à sa maturité, le changement subi par la forme et la grandeur des fruits au cours des récoltes de 1898 à 1906, offrent un tableau éminemment instructif.

Ainsi la forme du limbe des feuilles et sa surface, déjà à l’époque de la première fructification, par rapport à ce qui avait été constaté au début de sa croissance sur un sauvageon de poirier, ont notablement changé : le limbe a augmenté en proportion, a pris une forme plus habituelle pour les pommiers, mais par ses contours, le limbe rappelait parfaitement celui du poirier ; le léger duvet à sa face inférieure s’était épaissi, les rameaux s’étaient également couverts de poils ; la forme de leur surface, d’arrondie et glabre, était devenue côtelée.

La modification apparaît particulièrement dans les fruits qui, à leur première récolte de 1898, avaient l’aspect et la forme d’une poire (voir fig. 14). Le pédoncule des fruits de la première fructification était très gros, court, avec une saillie adventive latérale, couleur verte : il se trouvait en position fortement inclinée, non dans une cavité profonde, comme c’est le cas pour les fruits des pommiers, mais sur une forte proéminence inéquilatérale, couleur verte, comme chez les Bergamotes. C’est ce qui m’a suggéré l’idée de donner à cette variété le nom de Reinette-Bergamote. Je répète que la forme d’ensemble du fruit et sa coloration rappelaient bien plus celles du poirier que celles du pommier. La coloration était d’un jaune d’ocre vif frotté de vermillon du côté du soleil. La petite butte proéminente et les parties du fruit qui y touchent de près, étaient d’un vert vif luisant. La chair épaisse, croquante, d’une saveur douce et piquante, légèrement acidulée. Les fruits se sont conservés jusqu’au mois d’avril. Les pépins des premiers fruits étaient arrondis et gros, mais ne germaient pas. Les années suivantes, les fruits s’étaient quelque peu modifiés, se rapprochant de la forme habituelle des pommes.

Forme du fruit, dans la 8e année de la fructification du plant, les fruits sont de gros volume, napiformes. Coloration, épiderme brillant, épais ; arrachés de l’arbre les fruits verts prennent au fruitier une coloration jaune clair frotté de vermillon sur la face exposée au soleil. Toute la surface, sous la peau, est semée de points blanchâtres. Grosseur, 58 mm. de haut, 77 mm. de large, poids 171 gr. Pédoncule, gros, 20 mm. de longueur, avec une faible saillie latérale à sa base, il est inséré sur une surface parfaitement remplie, légèrement tubéreuse, de couleur verte. Pas de bassin. Œil, ouvert, chez certains fruits mi-clos, inséré dans un creux très peu profond et abrupt. Endocarpe, en forme de bulbe élevé, avec des logettes closes. Pépins, pleins, non plus ronds, mais de forme oblongue, brun clair. Chair, blanche et de couleur verte seulement au point d’insertion du pédoncule ; d’une façon générale, compacte, comme celle des Reinettes, d’une excellente saveur douce et piquante, légèrement acidulée, avec un léger arrière-goût onctueux. Maturité, cette variété demande à être cueillie le plus tard possible, mais s’accommode d’une époque plus précoce, par exemple, dans la seconde quinzaine du mois d’août. Les fruits finissent de mûrir au fruitier, fin décembre, et se conserve facilement jusqu’à l’été. Propriétés de l’arbre, croissance vigoureuse, branches éclaircies ; rameaux longs à arêtes pubescentes, de grosseur moyenne. Feuilles larges, orbiculaires, aux échancrures peu profondes, obtuses ; dimension moyenne. Les boutons à fleurs sont placés aux extrémités et tout au long des rameaux ; rendement assez abondant ; les fruits tiennent bien à l’arbre et tombent rarement. Cette variété a un bel avenir dans nos régions pour sa résistance absolument totale, son aptitude à rester longtemps en couche pendant l’hiver, et la bonne qualité de ses fruits. Variété de premier choix. Cet hybride a été multiplié par voie végétative pendant plus de cinquante ans sans que les caractères provenant du premier porte-greffe poire se soient perdus. C’est un des descendants de l’hybride primitif qu’Issaiev recroise avec le pommier « Pépin-safrané ». Pour éviter toute influence plasmatique, qui aurait permis d’autres interprétations, il utilise le pollen de l’hybride Reinette-Bergamote, qui ne contient pratiquement que le noyau cellulaire, pour fertiliser une fleur de pommier pur. Les arbres issus de ce croisement portent des fruits qui conservent l’aspect piriforme acquis par la voie végétative lors de la première greffe effectuée par Mitchourine. La seule interprétation possible est que le changement des conditions de vie du greffon sur un support inadéquat a modifié de manière durable les noyaux, a travers lesquels ce caractère nouvellement acquis est transmis à la descendance. (Stoletov, Mendel ou Lyssenko ? Deux voies en biologie. Collection Etudes Soviétiques.)

 

Texte extrait de : « Oeuvres choisies » d’Ivan Mitchourine

Crédit image : A. Bakharev « Mitchourine : un grand transformateur de la nature ». 1954

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La greffe du châtaignier sur chêne. https://www.greffer.net/?p=5 Tue, 19 Jun 2007 13:50:02 +0000 http://www.fruitiers.net/wp/?p=5 La possibilité de greffer du châtaignier (castanea sativa) sur chêne est évoquée depuis les plus anciens traités de greffage. Pratiquée à titre de curiosité et de façon marginale, la greffe du châtaignier sur chêne aurait connu un renouveau au XIXe siècle, face au fléau de la maladie de l’encre. Retombée à nouveau dans l’oubli avec l’utilisation des hybrides de châtaigniers japonais en tant que porte-greffe, cette technique pourrait être appréciable à la personne qui voudrait implanter un châtaignier en terrain calcaire.


 

1. Recherche documentaire.

Je vous propose une compilation des documents que j’ai pu récolter à ce jour sur le sujet :

 

Charles BALTET « L’art de greffer » (XIXè siècle)

« Le châtaignier accepte parfois le greffage sur chêne, au moyen de jeunes plants semés en place ou nouvellement repiqués. On les greffera rez terre, en fente ordinaire ou sur bifurcation ; il est alors préférable de greffer à fleur du sol. Il existe un assez bel exemplaire de ce genre, greffé sur chêne, au jardin botanique de Dijon. En 1838, Jaumard greffait ainsi à la pépinière départementale de la Gironde, et Simon, au Jardin botanique de Metz, dès 1834. Charles Naudin, de l’Institut, a obtenu de bons résultats, à Antibes par la greffe du châtaignier sur chêne Mirbeck. Au Muséum, M. Maxime Cornu, professeur de culture, réussit l’union de ces deux genres ; d’un rameau en sève, il détache un greffon rudimentaire, dit bourgeon herbacé, le taille à double biseau et l’insère dans une légère incision du gland du chêne sessile, pratiquée sur la radicule, immédiatement sous les cotylédons, au moment de la germination du gland. Ligature douce ; mise en sable, sous cloche, jusqu’à la végétation : c’est le greffage embryonnaire. Les premiers essais remontent à mars 1894. »

 

 

 

Charles BALTET « La pépinière » (XIXè siècle)

« Le châtaignier (page 389) : Nous avons réussi le Châtaigner sur le chêne ».

 

 

Eugène GUEDAN « Le jardinier Provencal », éditions Tacussel (XIX-XXè siècle)

Il [le châtaignier] se multiplie par semis ou par greffe sur franc ou sur chêne rouvre.

 

 

Méline, Jardinier en chef du Jardin Botanique de DIJON, dans LE CULTIVATEUR 1843

Plusieurs journaux d’agriculture ont annoncé que toutes les tentatives faites depuis quelques années pour obtenir des châtaigniers au moyen de la greffe de ces arbres sur le chêne, avaient été infructueuses ; cependant il ne faut pas, selon moi, désespérer encore, bien que le fait suivant vienne appuyer ce qu’ils disent, mais contre lequel je citerai quelques expériences personnelles qui me font penser que cette greffe peut réussir. Un châtaignier de LUCQUES ainsi greffé, donné en 1834 au Jardin des Plantes de DIJON par M. Gabriel Demeiz, est mort, il est vrai en 1839 ; mais ce châtaignier avait toujours été souffrant depuis sa transplantation : le sujet ne se développait pas avec vigueur, tandis que la greffe, au contraire, absorbant tous les sucs nourriciers de la plante , avait atteint un très grand développement. La rapidité de ce développement fit naître à la base de la greffe un bourrelet qui, portant le trouble dans la distribution des vaisseaux conducteurs de la sève, détruisit l’équilibre existant entre le sujet et la greffe, et la mort fut la conséquence immédiate de cette désorganisation. M’imaginant que des chênes obtenus de semis faits dans un bon terrain présenteraient une vigueur plus grande que des chênes transplantés, je semai des glands, et je greffai en fente et en écusson les sujets que je m’étais ainsi procurés ; une seule de ces greffes réussit, et ce fut une de celles en fente. Cette greffe s’allongea dans sa 1ère année (1839) de 1m,20 ; dans la 2ème les rameaux latéraux se sont développés de 0m,60 eu longueur et de 0m,35 seulement dans la 3ème année. J’eus soin de faire des incisions longitudinales depuis la base du sujet jusqu’aux 1ers rameaux latéraux de la greffe. Ces incisions eurent pour effet de faire développer l’arbre et la greffe d’une manière uniforme, et de mettre obstacle à la formation du bourrelet, qui commençait déjà à se manifester à la jonction de la greffe et du sujet. J’aurais obtenu le même résultat en ne faisant des incisions que sur le sujet. La sève qui se serait portée sur ces incisions pour les fermer aurait ainsi abandonné la greffe, et j’aurais été plus certain d’arriver à l’équilibre que je cherchais à établir entre le développement du sujet et celui de la greffe, afin d’empêcher la naissance du bourrelet. C’est ainsi que j’ai opéré plus tard, et en 1842, le bourrelet qui se formait à la jonction de la greffe et du sujet s’effaça entièrement ; l’arbre est d’une végétation admirable, et il a même porté quelques châtaignes. Je fis, au printemps de cette même année, 5 greffes semblables en fente, dont 4 ont parfaitement réussi ; une de celles-ci a été décollée par le vent, mais les 3 autres jouissent d’une très belle végétation ; toutes ont encore à leur base un bourrelet, qui, je l’espère, disparaîtra au moyen d’incisions longitudinales sur sujet, ainsi que je l’ai dit. Je laisserai également quelques jeunes pousses sur le dernier pour lui donner de la force et l’aider à conduire la sève. J’ai greffé aussi le chêne-liège et le chêne vert sur le chêne ordinaire ces greffes ont aujourd’hui un très bel aspect ; ce n’est que l’année prochaine que l’on pourra apprécier le résultat de ce nouvel essai, parce que ces greffes appartiennent à des arbres à feuilles persistantes, tandis que les chênes de notre pays, que j’ai employés comme sujets, sont à feuilles caduques.

 

Châtaignier greffé sur Chêne au jardin botanique de Dijon
Rapport de M. Weber.
Bulletin de la Société d’horticulture de la Côte d’Or, 1867.

C’est en 1834, deux ans après la fondation du nouveau Jardin botanique, que M. Meline, alors jardinier en chef, reçut de M. Gabriel, de Metz, un Châtaignier greffé sur Chêne, variété de Luc, celle donnait les meilleurs marrons ; d’où la preuve que déjà, à cette époque, on pratiquait cette greffe dans certaines pépinières.
Cet arbre, quoique planté dans des conditions en apparence favorables, ne végéta que faiblement ; par suite de l’inégalité de développement, un bourrelet se forma à l’endroit de l’insertion de la greffe (car le châtaignier a une croissance beaucoup plus rapide que le chêne), et la mort en fut la conséquence au bout de cinq années d’une végétation chétive.
Pendant ce temps l’habile jardinier avait pensé que peut-être avec quelques précautions on obtiendrait de meilleurs résultats. En 1835 il sema dans un bon terrain bien préparé des glands de chêne blanc, Quercus penduculata Ehrh. Celui que de tous nos chênes a la croissance la plus prompte ; mais au lieu de faire ces semis en pépinière comme on le fait généralement dans ces circonstances, il les fit sur place pour ne pas ralentir la végétation par une transplantation.
En 1839, cinq sujets étaient assez forts pour recevoir la greffe. Deux furent greffés en fente à 40 cent.  au dessus du sol, tandis que les trois autres furent écussonnés la même année. De ces dernières greffes pas une seule ne reprit, pendant que les deux premières réussirent parfaitement ; mais une ayant été décollée par le vent, il n’en resta plus qu’une, celle qui a produit l’arbre en question.
Les premières années, elle végéta très vigoureusement, car l’année même de l’opération, elle développe un scion de 1 mètre 20 cent.  de longueur ; la seconde année des rameaux latéraux se développèrent de 65 cent.  de longueur et la troisième année de 35 cent.  seulement.
Dès la seconde année aussi le bourrelet se manifestait au point de jonction du sujet et du greffon ; mais au moyen d’incisions longitudinales partant du bourrelet pour se prolonger jusqu’à la base du sujet (la sève, en effet, se portant sur ces incisions pour les refermer, faisait grossir le sujet en même temps qu’elle abandonnait un peu le greffon), on obtient un équilibre parfait.
Aujourd’hui cet arbre, plein de vigueur et de santé, dont le tronc mesure 1 mètre de circonférence, tant que le sujet n’a que 80 cent.  de circonférence du 70 cent.  de hauteur, donne annuellement de nombreux rejetons qui ne laissent aucun doute sur son identité ; il fructifie abondamment, mais rarement ; on y trouve même des fruits passables. Car la plupart des graines sont par avortement dépourvues d’embryon, en nous savons que ce sont les cotylédons épais et farineux qui forment la totalité de la substance renfermée dans la graine. Dans les cas même où l’embryon existe, il acquiert tout au plus la grosseur d’une noisette, pour ensuite dessécher, sans arriver à maturité.
Quelques personnes ont cru trouver la cause de cette stérilité dans la greffe dysgénère ; quant à nous, nous l’attribuons plutôt au terrain et au mauvais chois du greffon ; c’est qu’en effet le châtaignier, pour bien réussir et fructifier abondamment, existe un terrain siliceux ou argilo-siliceux, chaud et meuble, tant que notre arbre se trouve dans une terre argilo-calcaire, froide et compacte, conditions très défavorables à la fructification.
Maintenant, si nous allons rechercher l’origine des greffons, M. Meline nous a affirmé les avoir pris sur un pied provenant d’un rejeton des bois de Perrigny près Dihon, où autrefois, il existait nombre de gros châtaigniers, dont plusieurs ne donnaient pas de bons fruits. Il est donc très probable que le rejeton provenait d’un tel arbre.
Nous nous résumons donc en conseillant aux personnes qui voudraient tenter cette greffe, de semer sur place des glands de chêne blanc, Quercus penduculata Ehrb., ou Q. racemosa Lamk, espèce à croissance assez rapide ; de pratiquer la greffe en fente aussitôt que le sujet aura assez de force pour recevoir le greffon ; de faire l’opération assez près de terre pour pouvoir pratiquer des incisions longitudinales sur toute la longueur du sujet sans inconvénient ; de choisir les greffons sur une bonne variété et très fertile ; prendre des extrémités de rameaux, conne on devra toujours le faire pour les végétaux dont le canal médulaire est très abondant : on pourrait, en procédant ainsi, obtenir d’assez bons résultats dans un sol où le châtaignier refuse de prospérer.
Ajoutons que cet arbre préfère l’exposition du midi et de l’ouest, qu’il aime les pentes des coteaux et le fond des montagnes peu élevées ; qu’enfin, dans des conditions favorables, le châtaignier peut acquérir des dimensions colossales et atteindre un âge très avancé.
Sans aller en Sicile voir le colosse du mont Gibel, au Châtaignier aux cents Chevaux, mesurant 53 mètres de circonférence, auquel on prête 4000 ans d’existence, mais que l’on considère comme étant le résultat de la soudure de plusieurs individus, il nous suffira de vous citer ceux de Montmorency, dont un, appelé Jean-Jacques Rousseau, mesure 3 mètres 50 cent.  de diamètre ; et d’autres sont encore d’un volume plus considérable. Il en existe aussi un à Robinson près Sceaux, sur lequel sont établies plusieurs tentes de restaurants pouvant abriter chacune une douzaine de personnes.

J.-B WEBER,
Jardinier chef au Jardin botanique.

 

« GREFFE DU CHÂTAIGNIER SUR LE CHÊNE », dans Almanach ou annuaire de l’horticulteur Nantais, 1854

Dans la deuxième et troisième année de l’Annuaire de l’horticulteur Nantais, page 265 et 366, nous avons entretenu nos lecteurs de la greffe du châtaignier sur le chêne ; nous croyons devoir leur faire connaître aujourd’hui ce que M. le pasteur Lambert a publié sur le même sujet, dans le n°6 (15 février 1853) du journal « La vie des champs » :

« La culture du châtaignier, dit M. de Gasparin, s’étend de la région des oliviers sur celle de la vigne toute entière, et jusqu’à celle des pâturages, sans pénétrer dans celle des céréales. Cette délimitation n’est plus exacte, depuis que l’ont sait obtenir dans une très-grande partie de la région des céréales, de très-belles plantations de châtaigniers dont les fruits deviennent parfaitement mûrs. Il est vrai que ce n’est pas par le semis, mais par un moyen artificiel, la greffe. On prend, en automne, de jeunes chênes de la grosseur du doigt, pour les transplanter dans une terre bien préparée et bien fumée, en ayant soin de leur conserver autant que possible leurs racines, et de les arroser tous les soirs pendant les trois premières semaines. Au second printemps après la plantation, ils sont beaux et vigoureux ; on les coupe alors à 0m16 au-dessus du sol, pour y appliquer une bonne greffe de châtaignier. Si la greffe prend, l’arbre se développe donc aussi vîte que les arbres fruitiers, et plus vîte que le châtaignier sauvage ; dans le cas contraire, on répète l’opération le printemps suivant. Pour obtenir des marrons, on greffe sur la greffe du châtaignier un ou deux ans après. Ainsi traités, les marrons ont meilleur goût que s’ils avaient été greffés immédiatement sur le chêne. On peut, par le même procédé, améliorer aussi le goût des châtaignes, lorsque celles-ci sont un peu amères, ce qui arrive quelquefois avec la greffe simple, mais jamais avec la greffe double. Les fruits de cette dernière dépassent toujours en qualité ceux du châtaignier qui a fourni la greffe. Un an après l’opération, le jeune arbre a acquis toute la force nécessaire pour pouvoir être transplanté en lieu définitif. Dans les régions septentrionales, la transformation du chêne en châtaignier est d’autant plus précieuse, indépendamment des châtaignes, fruit si estimé par les habitants du nord, cet arbre forme de très belles allées et orne on ne peut mieux les pelouses, les parcs et les routes.
En agriculture, il n’y a pas de petits faits. Ceux qu’on est tenté de regarder comme tels, prennent souvent, quand on les applique sur de grandes superficies et dans des pays entiers, une importance qu’à l’origine on était loin de soupçonner. J’ai donc pensé que celui-ci, que j’ai pratiqué et vu pratiquer avec succès, méritait l’attention de ceux des lecteurs de La vie des champs, qui pourraient en faire l’application. Ajoutons qu’ils en tireront surtout deux avantages : ils auront le plant sous la main partout où le chêne croît naturellement, et pourront l’élever eux-même ; puis, en second lieu, ils abrégeront le temps que le jeune arbuste reste sans produire, ce qui d’ailleurs ne nuira à aucune des qualités exigées dans le châtaignier. « 


Le n°9 de La vie des champs, publie page 65, la lettre ci-après adressée à son rédacteur :
« J’ai lu avec un vif intérêt, dans le n°6 de votre journal, l’article de M. le pasteur Lambert : Greffe du châtaignier sur le chêne. La terre que j’habite étant fort rapprochée de la Garde-Freynel, , où l’on récolte d’excellents et magnifiques marrons, et n’ayant à Flassans aucun châtaignier, j’ai essayé, il y a quelques année, de greffer en fente au mois de mars quatre jeunes chênes. Une seule de ces greffes avait réussi, mais pendant mon absence elle fut, à mon grand regret, arrachée par des boeufs de labour. L’assurance que donne votre correspondant d’avoir pratiqué et fait pratiquer cette greffe avec succès, me détermine à renouveler l’expérience ; mais j’ai besoin d’une explication que vous jugerez sans doute utile de demander à M. Lambert. On prend, dit-il, de jeunes chênes gros comme un doigt, que l’on coupe à 0m16 au-dessus du sol, pour y appliquer au printemps une greffe de châtaigniers. Une jeune chêne gros comme le doigt me parait bien mince pour être greffé en fente, et je craindrais beaucoup d’abimer ce frêle sujet. S’il est question d’y placer un écusson, c’est différent, mais encore aurait-il fallu le dire, car la greffe en fente s’exécute ici en mars et octobre, et celle en écusson en mai et septembre. [F. de Saint-Charles, Flassans (Var), le 15 mars 1853] « 

Le n°9 de La vie des champs contient une communication à vous faite par M. de Saint-Charles, de Flassans, relative à ma note du 15 février. Je pensais que l’opération de la greffe était en elle-même trop simple pour nécessiter des développements ; il est vrai qu’à cet égard je m’en suis rapporté à l’habileté et à l’expérience de mon jardinier. Voici donc comment nous nous y prenons. L’automne, après la chute des feuilles, nous extrayons d’un taillis voisin, de jeunes plants de chênes de toutes les grosseurs, indistinctement, depuis celle du petit doigt jusqu’à celle du pouce et au delà, en ayant soin de conserver autant de racines que possible, et de prendre des sujets dont la partie inférieure au moins soit bien venue. Nous les plantons immédiatement en pépinière, dans une bonne terre préparée d’avance, et en laissant autour de chacun d’eux un espace d’environ 0m50 en tous sens. Si la terre est sèche, nous arrosons, et tous nos pieds reprennent parfaitement, puis l’année d’après deviennent fort vigoureux. Au printemps de la seconde année, lorsque la végétation a repris son cours, nous coupons la tige à 0m16 au-dessus du sol ; nous la fendons, et, au moyen d’un coin, nous en tenons les deux parties écartées l’une de l’autre, afin de pouvoir mieux introduire la greffe qui doit avoir été préalablement taillée. Le succès de l’opération dépend de l’application exacte de l’écorce de la greffe sur l’écorce du sujet, de manière que l’une forme bien la continuation de l’autre. Pour cela il faut que les coupes soient nettes et les écorces bien conservées sur leurs bords. Si le sujet est mince, nous lui donnons une greffe de la même grosseur que lui. Dans ce cas, les écorces correspondent ensemble sur les deux côtés de la fente ; si le sujet est gros, nous appliquons une forte greffe sur un seul des côtés. Enfin, nous couvrons toute la plaie de mastic entouré de ligatures, dans le but de la préserver de la pluie et du hâle. Disons encore que les greffes sont choisies avec soin et coupées plusieurs jours d’avance, pour être moins en sève que les sujets sur lesquelles elles doivent être placées. On conçoit que si la greffe offrait une végétation plus avancées que celle du sujet, ce dernier ne lui donnant pas autant de sève qu’elle en a besoin, elle périrait ; au lieu que si le sujet est plus en sève que la greffe, il lui communique facilement toute la nourriture nécessaire à son développement. Nous avons aussi fait une expérience avec la greffe en couronne, et elle nous a également réussi. Mais comme cette greffe est plus difficile à pratiquer, elle est moins à recommander que la précédente, surtout aux personnes qui ont peu l’habitude. Nous insistons sur les soins à donner après la greffe aux jeunes sujets ; ils sont les mêmes que pour tout autre arbre fruitier.
LAMBERT, pasteur.

 

 

E. MARQUET, Annales de la société d’agriculture de Dordogne, 1881 « DE LA GREFFE DU CHATAIGNIER SUR LE CHENE ».

Il y a environ une vingtaine d’années, de différents points de la France, on signala le dépérissement des châtaigniers. Des arbres jusque-là vigoureux, sans cause apparente aucune, devenaient languissants, puis périssaient. Vainement, lors des premiers symptômes du mal, ces arbres atteints dans leurs racines étaient rabattus sur les grosses branches ou recépés jusqu’à terre ; les nouveaux jets, faibles et peu nombreux, ne tardaient pas à périr eux-mêmes. Depuis, d’année en année, le mal n’a fait que s’accroître et il tendrait à devenir un véritable fléau pour les contrées dans lesquelles les marrons forment l’objet d’un commerce considérable ou jouent un rôle important dans l’alimentation ; telles sont une partie de la Bretagne, le Limousin, l’Auvergne, le Languedoc et la Corse. Cependant, jusqu’à présent, aucun remède efficace et pratique n’a été, que je sache, indiqué contre le mal ; bien plus, les agriculteurs et les forestiers ne sont pas d’accord sur la cause qui le produit. Dans ces conditions, je crois donc rendre service aux premiers en attirant leur attention sur la greffe du châtaignier pratiquée sur le chêne. Vers 1840, pour la première fois, j’avais remarqué la facilité de la reprise de cette greffe et la vigueur de sa végétation ; depuis, maintes fois j’avais eu l’occasion de la pratiquer, mais toujours à titre de simple curiosité. Aujourd’hui, elle me parait devenue d’utilité réelle et appelée à se répandre rapidement partout où la culture du châtaignier a pour but principal la production du fruit. Mais quelle sera la qualité des marrons obtenus sur le chêne ? Évidemment, ces marrons seront identiquement semblables à ceux donnés par l’arbre qui aura fourni les greffons et sans modification aucune due à la sève spéciale des pères nourriciers. Dans la poire, dans la prune, dans l’abricot ou la pêche, qui reconnaîtrait le coing, la prunelle ou l’amande amère, productions naturelles des sujets avant l’opération de la greffe ? Ces jours derniers, M. Trochu, maire de la commune de Bruz, arrondissement de Rennes, me montrait, dans le jardin attenant à mon habitation , un chêne greffé il y a environ quinze ans, qui, chaque année, lui donne de beaux et excellents marrons. M. Trochu me disait également qu’il avait vu abattre par son père un chêne greffé quarante ans auparavant et dont les produits en marrons de qualité première avaient toujours été très abondants. Le châtaignier peut être greffé sur diverses variétés de chêne. Le chêne pédonculé, vulgairement appelé chêne blanc, à raison de son écorce plus lisse et de sa végétation plus rapide, me paraîtrait cependant devoir fournir les meilleurs sujets. Quant au mode de greffe à employer, il variera nécessairement suivant l’époque de l’année, la grosseur du sujet, l’habitude de l’opérateur. J’indiquerai tous les suivants comme pouvant donner un heureux résultat : greffe en écusson à œil dormant, en fente simple, en fente à l’anglaise, en couronne , à cheval, en flûte , eu flûte à sifflet, en flûte de faune ou à lanières.

 

 

 

 

BINON J. Reconstitution des châtaigneraies par la greffe du châtaignier sur le chêne . 1909

Il conseille la greffe sur chêne pédonculé, qui donne les meilleurs résultats.

La difficulté est d’avoir un chêne est un châtaignier dans le même état végétatif pour procéder selon sa méthode, qui se pratique vers la mi-avril. Or, le châtaignier part en végétation plus tôt que le chêne.

Pour cela, soit il procède en mars à la transplantation du châtaignier sur lequel seront prélevés les greffons en vue de lui faire subir un stress et ainsi retarder sa végétation. Soit conservation de greffons en cave fraîche, les pieds dans l’eau.  Et on les mettra derrière une vitre bien ensoleillée, au chaud, un à deux jours avant d’opérer, en vue de réveiller le greffon car un décollement de l’écorce sera par la suite nécessaire (cette courte exposition au soleil et à la chaleur est selon l’auteur suffisante).

Concernant le porte-greffe : il faut greffer sur du bois de deux ans maximum.

Il faut conserver une unique branche tire-sève 4 cm sous ce qui sera le lieu du point de greffe.

Le diamètre de la branche où sera prélevé le greffon devra être sensiblement identique à celui de l’endroit du porte-greffe où l’opération sera effectuée, car on va procéder à découpe type greffe en sifflet.

On décapite le porte-greffe à l’endroit voulu,  et on procède à partir du haut de la découpe vers le bas à 3 ou 4 incisions verticales de 2 cm de longueur (dont l’une d’elle sera orientée au nord).

On prend le rameau-greffon de châtaignier, on choisi un bel oeil, on fait une découpe circulaire totale à environ un peu moins d’un centimètre au dessous de l’oeil, la même chose au dessus, et sur la face opposée de l’oeil une incision verticale qui relie les deux incisions circulaires. On extrait donc ainsi un cylindre (bien vérifier que l’oeil ne se vide pas lors de l’opération).

On décolle les lanières sur le porte-greffe, on insère l’anneau (avec l’oeil qui passe dans la découpe entre deux lanières orientée nord).
Ligature, masticage des plaies.

On protège l’œil du soleil (ombrage artificiel…).

L’œil va rapidement gonfler, puis stagner, pour ensuite partir en végétation.

Au fur et à mesure de la formation de la tige herbacée de châtaignier, on raccourcira peu à peu la branche tire-sève du porte-greffe.

 

 

M. Tricaud, élève de l’école d’horticulture de Versailles, 1913

Description des greffes hétéroclites. Comme pour toutes les greffes hétéroclites la soudure est meilleure en opérant sur des sujets nouvellement germés. D’un rameau en sève on détache un greffon qu’on taille en biseau double et qu’on insère dans une légère incision pratiquée immédiatement au collet de la jeune radicule sous les cotylédons ( ici un gland). Ligature simple, on maintient à une température de 10 à 15 degrés. Puis après soudure les placer en plein air. Le professeur, docteur Maxime Cornu, à propos de la maladie de l’encre, a émis l’idée du greffage du châtaignier sur le chêne et entrepris avec un certain succès des essais dans les pépinières du Jardin des Plantes. Au dire de M.L. Henry, chef des cultures, les chênes qui ont donné les meilleurs résultats comme sujets sont les espèces à gros fruits et à écorce bien lisse, tel Quercus Macrocarpa (chêne américain) ; le greffage qui lui paraît le meilleur est le greffage de germination, opération assez délicate.

 

Charles Le Gendre, Revue Scientifique du Limousin, 1931

M. Prunet a tenté de greffer du châtaignier sur le chêne et le hêtre qui résistent à la maladie de l’encre . Au début les greffes ont réussi, mais les arbres ont fini par mourir parce qu’il n’y avait pas une affinité suffisante entre le greffon et le sujet.

 

M. TRICAUD, pépiniériste, « LE CHATAIGNIER ET LE NOYER », 1942

« La greffe des châtaigniers exotiques est plus délicate. On la réussit mieux en pied qu’en tête par le procédé en incrustation ou fente au collet et sous verre sur plant en germination. Les variétés japonaises réussissent mieux sur notre châtaignier européen que ce dernier ne réussit sur plant exotique.

 

Greffe embryonnaire dite “de germination”

Greffe dite « de germination »
Dans la nature, le gland qui germe envoie une racine vers le sol. Elle durcit très vite et elle libère extérieurement , mais au ras des cotylédons, la tigelle. Cette dernière se lignifie très vite au collet ; Et c’est à ce niveau que se fait la greffe sur une zone moins fragile qu’il y paraît.

 

 

 

E. Langevin et Jean Noel, « La greffe des arbres et de arbustes », éditions Rustica (1962)

Pour le greffage embryonnaire du châtaignier sur chêne, détacher des bourgeons herbacés sur des rameaux de châtaignier en sève et les insérer sur les radicules des glands en germination en pratiquant une incision.

Sujets :

Chêne Mirbeck (Naudin, à Antibes).

Chêne sessile (Maxime Cornu, au Muséum [lequel ?]).

 

R. Heitz et C. Jacquot « Étude anatomique de la greffe d’un châtaignier sur chêne » Centre technique du bois, Annales des sciences forestières, 1972.

Dans le cadre de ce mémoire, les auteurs nous livrent plus d’informations sur la fameuse greffe de châtaignier sur chêne du jardin botanique de Dijon, ainsi qu’un rappel historique sur diverses expérimentations :

Des greffes de ce type avaient été réalisées dans le courant du siècle dernier au jardin botanique de Dijon. Les notes léguées par le regretté Directeur Philibert GUINIER, Membre de l’Institut, nous ont permis, avec l’obligeant concours de M. POINSOT, Directeur du Jardin botanique de Dijon, de réunir la bibliographie concernant l’historique des greffes de châtaignier sur d’autres essences, en particulier sur chêne pédonculé ou sur chêne-liège. BAUDOT1 signale que les greffes de châtaignier sur des sujets d’autres essences étaient sans doute déjà connues dans l’antiquité et cite à ce propos deux vers des Géorgiques […]. L’abbé de SAUVAGES aurait réussi vers le milieu du 18è siècle des greffes de châtaignier sur chêne. D’après DHOMBRES certains de ces arbres produisaient des châtaignes dans des stations à roche-mère calcaire, impropres au châtaignier, essence nettement calcifuge.
Le châtaignier-chêne de Dijon a été obtenu par une greffe réalisée en 1839 par MELINE jardinier en chef du jardin botanique de Dijon suivant la technique décrite en détail par WEBER2 : un sujet de chêne pédonculé (Quercus pedunculata Ehr.) obtenu par semis en 1835 et âgé de 4 ans, avait été greffé en fente à 40 cm du sol avec un greffon de châtaignier. D’après le même auteur, cet arbre avait déjà atteint en 1867 une circonférence de 1m. Il vécut jusqu’en 1946, date à laquelle il fut abattu.

 

 

Maurice CHAUDIERE « Forêts Fruitières », éditions du Dragon Vert (199x)

Photographies de greffes « classiques » de châtaignier sur chêne vert et chêne pubescent, mais pas d’informations techniques précises sur la méthode.

 

2. Un spécimen de châtaignier greffé sur chêne.

Le spécimen du Jardin Botanique de Dijon n’existant plus, voici les photographies d’un autre châtaignier greffé sur chêne, dans la Sarthe, à Saint Mars d’Outillé, lieu-dit les Proulières est à 2 km du village par la RD 140. La greffe date de 1910, réalisée par M. Gaston Chevereau. Greffe en fente, point de greffe à 2 mètres du sol. Pas d’indication sur la nature du porte-greffe, les chênes environnants sont des chêne rouvre.

 

 

Châtaignier greffé sur chêne

 

 

Châtaignier greffé sur chêne à Saint Mars d’Outillé

 

 

Châtaignier greffé sur chêne à Saint Mars d’Outillé

 

 

 

 

3. Vers un projet d’expérimentation de la greffe du chataignier sur chêne.

De par l’aspect incomplet ou parfois contradictoire de certains des documents, il parait intéressant de procéder à une expérimentation complète et rigoureuse de la greffe du châtaignier sur chêne.

L’ensemble des documents ainsi récoltés montre deux approches différentes de la greffe du châtaignier sur chêne. L’une étant un greffage classique (greffe de rameaux ou greffe d’oeil), l’autre étant un greffage dit embryonnaire, sur gland en germination.

L’expérimentation portera sur les deux approches.

Pour le greffage embryonnaire, les essais seront réalisés avec des tigelles de châtaignes germées ou des rameaux herbacés prélevés sur châtaigniers.

Pour le greffage « classique », différentes méthodes seront essayées (en fente simple, cadillac, anglaise, chip-budding…) à divers stades de végétation, environ tous les quinze jours sur la période de faisabilité de chaque type de greffe. L’état et la nature du porte-greffe seront notés (repos végétatif, début de débourrage, débourrage ; diamètre du sujet, porte greffe utilisé (chêne pubescent, macrocarpa…)).

Cette expérimentation se déroulera sur plusieurs années.

Je vous en informerai au fil du temps sur cette présente page.

 

 

 

4. Les essais de greffe en 2007.

Une centaine de greffes de châtaignier sur chêne pubescent : échec total.
Greffe en fente, anglaise, couronne, cadillac.

Greffes effectuées avec du bois d’un an. Comme la greffe du chêne sur chêne ne semble tolérer au niveau du point de greffe que du bois de deux ou trois ans (Baltet, La pépinière), je tenterai l’an prochain des greffes châtaignier (bois de deux ans) sur chêne pubescent.

Concernant la greffe dite embryonnaire, le châtaignier pousse bien plus vite que le chêne. Ayant semé les deux au même moment, les diamètres n’étaient pas compatibles. Il convient de forcer, un à deux mois avant, le semis de chêne.

5. Les essais de greffe en 2008.

Pour en avoir le coeur net, en avril 2007, j’avais greffé par approche un châtaignier et un chêne pédonculé, chacun âgé de deux ans de semis.  La ligature a été conservée jusqu’à l’hiver. Au printemps, lorsque les deux parties unies commençaient à débourrer, j’ai procédé à un sevrage progressif de la partie basse du châtaignier. Une fois le sevrage terminé et le châtaignier étant uniquement alimenté par la sève du chêne, l’association a bien survécu une dizaine de jours, mais a ensuite dépérit.

 

Greffe de chataignier sur chene

 

 

 

 

6. Conclusion (2011)

Après des centaines d’essais, toutes méthodes confondues, il n’a été obtenu qu’un résultat éphémère sur les rares plants ayant présenté un signe de reprise.

La réussite de la greffe du châtaignier sur chêne semble relever de l’exceptionnel, un défit pour le greffeur amateur.

Il n’y a donc aucune utilisation agronomique courante à en espérer.

 

P.-S.

Si vous avez de la documentation sur la greffe du châtaignier sur chêne, de l’expérience à partager, ou souhaitez participer à l’expérimentation, n’hésitez pas à nous contacter

  1. BAUDOT A. Le Châtaignier-chêne du Jardin Botanique de Dijon. Bull. Sci. pharmacol., 14, janvier 197, p4-11
  2. WEBER J-B . Châtaignier greffé sur chêne au jardin botanique de Dijon. Bull. soc. Horticulture. Côte d’Or, 1867, p. 330-3
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